Lors d'un récent voyage en Inde, quel ne fut pas ma surprise de découvrir de nouvelles tendances commerciales qui se différencient de celles que nous connaissons au Québec. El la publicité qui s'affiche partout en Inde: Incredible India. Aux abords de New Delhi, la ville nouvelle de Gurgaon a des allures de laboratoire de la future Inde : ingénieurs, informaticiens, hommes d'affaires relancent la machine indienne. Les maharajas high-tech ont désormais pris le pouvoir.
Dans les faubourgs de New Delhi, au-delà des taudis et des rues encombrées, j'ai du mal à en croire mes yeux : brusquement, la ville nouvelle de Gurgaon dévoile ses richesses avec insolence. Une vitrine du miracle indien. Une excroissance du laboratoire du monde: Incredible India. Là, des grandes surfaces, en hauteur, des temples du commerce où l'on vient autant pour acheter que pour se montrer ; ici, une tour luxueuse où se sont regroupés les joailliers aux incroyables bijoux - jusqu'à plusieurs millions $ ; plus loin des bureaux ultramodernes ; encore plus loin, les bureaux d'Erickson et de Nokia. Et des publicités pour résidences avec piscine, tennis, Internet dans les chambres, centre de méditation dans le hall d'entrée. C'est un choc pour moi, tout au long de mon voyage en Inde, je passe du Moyen Age au XXI ième siècle.
Gurgaon est une antichambre atypique de New Delhi. Le pouls d'un pays qui pourrait devenir, selon Goldman Sachs, la troisième puissance économique mondiale en 2040, derrière la Chine et les Etats-Unis. Dans l'appendice verdoyant de Gurgaon, ingénieurs, informaticiens, hommes d'affaires relancent la machine indienne, innovent, commercent avec la diaspora aux quatre coins de la planète. Et créent une classe d'Indiens qui entend tirer toute la société par le haut. C'est ainsi qu'est née Daksh. En 2000, avec deux amis, Pavan Vaish, ingénieur formé à Calcutta puis à Stanford, en Californie, lance cette société d'informatique après quelques années d'enseignement dans une école de montagne, aux sources du Gange. Premier client : Amazon. Puis la folie, le « boom dot com ». Six ans plus tard, un chiffre d'affaires de 60 millions de dollars et 10 000 employés, dont 7 500 pour les centres d'appels téléphoniques.
De jeunes diplômés répondent vingt-quatre heures sur vingt-quatre à des clients de New York, Dallas ou Birmingham. D'autres centres d'appel oeuvrent pour Airbus, Adidas, Citibank, Singapore Airlines.
Mais on craint aussi la concurrence : chacun des édifices est gardé par des agences de sécurité, les disquettes et téléphones portables sont bannis. Au restaurant ou nous allons, nous sommes fouillés à l'entrée et passons par un portail électronique, ce jour-là, des ingénieurs, cadres et employés viennent diner dans une ambiance bruyante, on se croirait a Montréal à l'heure du midi. Drôle d'atmosphère que celle qui règne dans ce royaume des maharajas high-tech. Une ambiance de jeunes entrepreneurs sortis d'un campus, avec stress garanti pour répondre à la demande indienne. Il est vrai que l'indice Sensex de la Bourse de Bombay a bondi de 148 % en cinq ans quand le Dow Jones américain stagne à 6 % sur la même période.Ce mélange de stress et de détente, les dirigeants indiens viennent l'éprouver sur les verts du club de golf dernier cri de Gurgaon. Maisons en pierre au confort de club anglais, Jacuzzis mondains, piscine dessinée à l'antique. Les 2 000 membres qui s'y pressent, à 90 % hauts cadres et PDG d'entreprise, doivent s'acquitter d'une cotisation de 800 000 roupies pour cinq ans, soit 20 000 $. Sa clientèle : beaucoup de jeunes de 20 à 35 ans. Tous ont déjà fait fortune. A 275 000 $ en moyenne, les appartements en construction à l'orée du parc s'arrachent comme des petits pains : 200 en dix jours. Plus loin, le plus grand édifice consacrée aux bijoux que j'ai vu, vend des colliers d'émeraudes et des bagues de rubis à ces nouveaux riches dans une bijouterie qui pourrait rivaliser avec les vitrines de la place Vendôme à Paris.
Fort de l'éducation indienne et d'une jeunesse de plusieurs centaines de millions d'individus, la réussite indienne, est plus assurée que celle de la Chine, car le pays ne dépend pas d'une dictature. Elle repose sur ces nouveaux entrepreneurs, mais aussi sur une classe moyenne de 200 millions de personnes.
A Bangalore, dans le sud du pays - 6 millions d'habitants et 160 000 ingénieurs -, la même frénésie étreint les entrepreneurs, aux dires de mon copain Normand qui travaille ici afin de positionner une entreprise drummondvilloise dans ce vaste marché. Bangalore, autre symbole de l'Inde moderne, est une ville à la fois sereine et trépidante. Avec ses sociétés de services, ses boîtes informatiques, sa médecine de pointe, c'est surtout la ville phare du high-tech indien, qui exporte 23 milliards de dollars par an pour 1,5 million de personnes actives. Ses facultés qui forment d'innombrables ingénieurs et techniciens offrent des débouchés... bien souvent à l'étranger, tant les diplômés sont recherchés par les entreprises américaines, allemandes ou canadiennes. Ses bars branchés et restaurants à la mode évoquent là encore la Californie. Et son Electronic City, à la sortie de Bangalore, après une longue route constamment embouteillée par les voitures climatisées des cadres, est surnommée la Silicon Valley indienne.
Fabrique d'inventeurs, fief des nouveaux dirigeants d'Asie tendance cool, Gurgaon et Bangalore sont à l'image de l'Inde, qui se veut désormais le laboratoire du globe, quand la Chine n'en est que l'atelier. Incredible India!
Source: Lonely Planet Inde, Guide du Routard, le Point.fr, no. 1764


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